Les ados confinés: ça donne quoi ?

Cet article est écrit par Brigitte Cassette, formatrice en Education Relationnelle et Consciente.

 

Comment les ados réagissent-ils au confinement ?

L’adolescence se caractérise par le renforcement du mouvement de détachement : éloignement  de la cellule familiale pour effectuer le grand saut dans sa propre vie (professionnelle, familiale, spirituelle etc.). Le jeune va faire de nombreux aller/retour à sa convenance, jusqu’à plonger dans la société en tant qu’être responsable de lui-même, de ses actes et paroles. Cet éloignement est à la fois imposé par notre culture qui force à une responsabilité légale mais aussi par un mouvement de la nature qui éloigne les fils des mères et sœurs et les filles, des pères et frères pour permettre la viabilité de l’espèce. Et voilà que le confinement entrave ce mouvement de croissance en ramenant l’ado à la cellule familiale !

 

Les copains et copines pour se sécuriser en chemin… Perdant la sécurité contextuelle offerte par les figures d’attachement familiales qu’il se doit de renier (parents, fratrie…), l’adolescent s’est attaché à son groupe de pairs. Des ami-e-s du même âge qui font le même chemin : ne pas être seul-e pour affronter l’inconnu, ça rassure ! Mais l’appartenance au groupe de pair a un coût : il a dû se montrer identique. Parler ado, s’habiller ado, râler ado, confronter voire humilier ce qui n’est pas ado etc. Le parent ne reconnaît plus sa progéniture qui parfois se perd aussi d’ailleurs elle-même, d’où le chaos émotionnel ! Bien entouré, il était facile pour l’ado d’assumer son personnage mais comment le faire vivre, isolé-e dans la famille dans cette situation de stress (enfermement, réussites scolaires, maintien des amitiés…) sans se recharger régulièrement auprès des pairs ?

 

La réaction au confinement va dépendre de l’endroit du chemin où l’ado se trouvait… Le confinement peut rassurer tous les jeunes qui commençaient leur chemin ou le faisaient à contrecœur ou avec angoisse. C’est la reconnaissance officielle qu’ils ont le droit de rester attachés à leur cellule familiale. Pas de honte à avoir ! Les parents vont alors retrouver (avec soulagement) le « petit » sans vraiment percevoir qu’il pâtit de ce confinement. En effet, il-elle perd du temps dans sa croissance, 1 mois c’est énorme dans un rythme d’ado ! Il faudra s’en souvenir ! A l’inverse, les jeunes qui auront suffisamment  entamé leur chemin, où qui auront vu miroiter l’intérêt de sauter dans la vie, vont exploser ! Ils vont vivre le stress sans pourtant le mettre en mot. Colère, agacement, confrontation, disputes, crises d’angoisse vont augmenter dans une sorte de piétinement ingérable. Des conduites à risques peuvent apparaître parfois ainsi que des addictions : excès de sucre, grignotage compulsif, comportement boulimique ou au contraire anorexique, tabac, alcool, drogue douce…

 

Comment réagir ?

Observer l’adolescent pour voir tout ce qu’il ne dit pas.  Cadrer pour sécuriser (alimentation à heure fixe, jeux vidéos régulés, cadrage de l’agressivité lorsqu’elle devient violence) mais lui laisser tout l’espace qu’il a besoin pour continuer par des moyens virtuels ses  relations avec les pairs qui restent vitales à sa croissance. Dire et répéter le risque du Coronavirus car dans son mouvement de surestime, l’adolescent se sent invincible et il risque donc de braver les interdits, de sortir… pour s’acheter des bonbons ! Son cerveau immature est surchargé en matière grise mais très peu rapide dans les connexions neuronales avec d’autres parties du cerveau comme le frontal par exemple : il est difficile pour lui de voir dans du court terme le risque de ses actes. Donnons-lui la parole dans des espaces cadrés pour qu’il n’explose pas émotionnellement tout en relativisant ce qu’il va y apporter. Ce seront peut être des espaces de décharge émotionnelle qui lui permettront de « ne pas péter les plombs » mais aussi un  travail sur l’estime de soi, indispensable à sa croissance. Ce qu’il fait avec ses pairs peut se continuer dans la famille si notre comportement est adapté : accueil, acceptation sans jugement, encouragement à se construire et intérêt pour cette construction.

 

On voit souvent les enfants faire un pic de croissance lorsqu’ils sortent de la famille. Pour l’adolescent, il est à un endroit où pour continuer sa croissance, cette sortie est indispensable. Il nous faut donc pallier au confinement par une attitude vigilante d’écoute et d’acceptation de ce qu’il vit.

Et si, on en parlait ?

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